Chronique BD: Bug # 1

Bug
♥ Coup de coeur ♥


Série: Bug #1
Auteurs: Enki Bilal
Editeur BD: Casterman

Une chronique BD: Génération BD

L’histoire

En 2041, alors que la technologie numérique a envahi tous les domaines de la vie humaine, un bug incompréhensible et imprévisible efface l’ensemble des données existantes brutalement, sans aucune perspective de réparation.  Cela engendre un chaos planétaire sans précédent.
Au même moment, le retour sur terre d’un vaisseau en provenance de mars est prévu.  Seulement, tout l’équipage vient de décéder, hormis un cosmonaute, Kameron Obb.  Ils présentent tous une blessure similaire au niveau du coup, qui se révèle être le point d’entrée d’un corps étranger à l’hybridité indéfinissable.  Kameron Obb semble avoir hérité de toutes les données perdues.  Sa connaissance est immédiate et intuitive et lui permet de ramener la navette manuellement sur terre, malgré la perte du pilotage automatique.  Kameron Obb devient dès lors l’objet de toutes les convoitises terrestres…

Mon avis

Enki Bilal nous plonge dans un univers futuriste qui pourrait être le nôtre.  Son univers graphique de talent nous immerge instantanément dans l’histoire.  Chaque case dégage une ambiance et est un tableau à elle seule.  Bilal réussit à nous faire sentir les émotions derrière ses personnages.
La taille des cases et leur agencement, les zooms, les pleines pages, le choix des couleurs sont particulièrement bien choisis.  Un album dans un format un peu plus grand permettrait d’encore plus en profiter.
Enki Bilal met en scène des personnages différents à fortes personnalité qui lui permettent de traiter de nombreux sujets efficacement et finement.
Au-delà de l’histoire futuriste qui pose les problèmes rencontrés par un bug informatique mondial, Enki Bilal pose les questions du sens de ce qui compte pour chacun, ici illustré par la relation père-fille.  Dans ce monde digitalisé, Bilal montre les limites d’un tout numérique en osant la critique des pertes de relations réelles par les adolescents qui n’ont connu que le numérique et qui n’existent plus sans ces supports virtuels.
Dans l’histoire, l’être humain a accès à la technologie, selon son portefeuille, pour se faire poser de nombreux implants venant suppléer nos limites physiques et intellectuelles.

Enki Bilal explore avec virtuosité ce qu’il reste de l’humanité et le chaos planétaire engendré suite à ce bug.
Chacun tente de tirer la corde à lui et l’insécurité règne à tous les niveaux. Les magasins sont pillés, les implants médicaux ne fonctionnent plus entrainant la maladie et la mort.  Le matériel de lévitation défectueux engendre le fait que quelques personnes demeurent en lévitation.  Tout ce qui dépend du numérique est à l’arrêt, comme les ascenseurs ou certaines personnes restent coincées, les voitures autonomes, les transports…
L’analyse de l’être humain est intemporelle et l’on retrouve l’appât du gain et de la puissance.  Bilal se permet également une critique du régime dictatorial Nord-Coréen avec humour et dérision.
Dans l’histoire nous suivons en fil conducteur le héros, cosmonaute qui semble avoir hérité de l’ensemble du savoir du monde, mais dont l’objectif est de retrouver sa fille.
L’album est un bijou, qui se lit facilement et nous attendons la suite avec beaucoup d’impatience.

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