TED BENOIT EN SCENE DE LA SENNE A LA SEINE

Thierry – alias Ted – Benoit aime jouer avec la clarté et l’obscurité. Swarte, un dessinateur dont le nom se traduit par noir l’initie à la ligne claire, puis elle se trouble en n’étant plus si claire que cela avant de gagner l’obscurité et de revenir. Ted Benoit aime l’absurde qu’il a conjugué au fil de ses histoires. Camera Obscura, sous-titré Vers la ligne claire et retour en est un exemple…

Ce n’est pas une intégrale, il n’y a pas les choses essentielles, j’ai mis tout ce qui était en train de disparaître et qu’il fallait rappeler, des livres qui ne sont plus réédités, qui ne sont plus disponibles. C’est un genre de best of, j’ai surtout choisi des choses auxquelles je tenais beaucoup et j’ai tout mis en perspective tout en respectant l’ordre de parution… J’ai toujours fait peu de BD, j’ai dis que je voulais dessiner quand cela m’amusait…

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Son (anti)héros le plus connu est l’ineffable Ray Banana, qui promène sa nonchalance dans des histoires souvent insensées voire incohérentes. Mais l’homme qui ne transpirait pas a disparu depuis quelques décennies…

Ray Banana continue à philosopher sur la toile, car je tiens toujours à lui, il m’accompagne depuis le début, il m’intéresse toujours et il est l’antinomie d’un philosophe…

Ray Banana, c’est un peu Clarke Gable physiquement mais pas trop, il est venu comme ça… Quand j’étais petit, mon père me parlait du mot rastaquouère, qui vient de l’espagnol « traîne cuillère », ces chevaliers désargentés, des aventuriers dont on ne sait pas trop d’où ils viennent, Banana est un rastaquouère, c’est comme ça.

Mais Ted Benoit, c’est surtout un bouquin essentiel qui secoue les fondations de la BD en 1981 : Vers la ligne claire. Pour la première le travail d’Hergé, de Jacobs et qui les ont inspirés comme St Ogan et McManus et « nommé » et Ted Benoit s’impose, avec Joost Swarte, comme le chef de file de la « nouvelle » ligne claire…

La ligne claire, c’est moi qui l’ai nommé comme cela en français. Swarte avait inventé les mots Klare lijn pour nommer un de ses catalogues lors de l’expo Hergé à Amsterdam. Il m’a guidé vers la ligne claire, je l’ai connu via Charlie Mensuel dans les années 73/75 et je trouvais sidérant de le voir dessiner comme Hergé mais des histoires tellement différentes !

La ligne claire a un côté commercial, je suis connu pour cela, cela correspond à mon parcours, cela accroche l’éditeur. Swarte et moi nous sommes rencontrés quand j’ai fait ma BD « Vers la ligne claire »… La couverture a un côté très soviétique car je viens d’une famille communiste et je trouvais que le terme avait un côté politique plutôt qu’artistique. Dans un bouquin sur Lénine j’avais lu qu’il avait la « ligne juste » par rapport aux autres, ligne juste - ligne claire, il y avait quelque chose de semblable.

Je suis de la deuxième génération de la ligne claire avec des gens comme Swarte, Chaland car si le dessin est ligne claire, les histoires et la façon de les raconter sont très différentes. Je n’ai jamais compris la différence entre la ligne claire et le style atome qui vient plutôt de l’école de Marcinelle. J’ai toujours été du côté Tintin. C’est Chaland qui m’a appris à dessiner au pinceau et je dessine encore au pinceau - J’ai réalisé les deux Blake and Mortimer de cette façon mais les fonds de décors sont à la plume. Le pinceau est très agréable, mais difficile à maîtriser…

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(Ray Banana envahi par une bande de paparazzi-relégué au second plan, Shesivan rit jaune mais voit rouge...)

Pourtant, lorsqu’il débutera dans la BD son trait est influencé par des Giraud, Tardi qu’il a vu défiler dans les pages de Pilote, mais aussi l’américain Crumb. Ted Benoit se cherche, tout en consommant déjà cet humour si monty pythonesque. Ted Benoit a quand même fini par trouver…

Quand j’ai commencé j’étais surtout attiré par l’underground américain, des types comme Crumb qui donnaient une liberté de dessiner et j’ai beaucoup recopié pour apprendre, du Jacobs, du Giraud… pour comprendre comme cela se faisait ! Quand je me suis à faire mes propres dessins, je me suis rendu compte que ce qui compte n’est pas la façon d’encrer mais le dessin au crayon qui est en dessous, c’est là où cela se construit, que le dessin marche ou ne marche pas… Il ne suffit pas d’avoir un beau trait de pinceau pour être Giraud !

La première fois que je suis venu à Bruxelles c’est pour l’émission sur Hergé et Tchang, j’étais un petit jeune et ensuite j’ai été le voir avec Swarte et Vermeulen, nous venions en pèlerinage et plus tard le studio Hergé a mis un de mes bouquins en couleurs…

Camera Obscura est le moyen idéal pour initier ceux qui voudrait connaître Ted Benoit, à Ted Benoit. Il a été invité à commenter ses actes et s’y prête avec beaucoup d’humour, de distance et évidemment une certaine nonchalance…

Pour reparler de Camera Obscura, j’ai fait tous les écrits, je ne voulais pas faire une autobiographie, j’ai gardé un côté Ray Banana !

En plus et c’est rare, Ted Benoit, s’expose afin que nous puissions admirer ses dessins en live et en grandeur nature, car c’est un perfectionniste et un maître. Ce n’est pas pour rien que Jean Van Hamme a fait appel à lui pour générer les nouvelles aventures de Blake et Mortimer. Pour beaucoup l’Affaire Francis Blake reste le meilleur ouvrage de cette seconde génération ! Il y a dans ses pages quelque chose de spontané qu’on ne retrouvera plus par après. Malheureusement, Ted Benoit s’abstiendra d’un troisième opus. Trop lent, qu’il dit. Mais bon, c’est un perfectionniste et vitesse et perfectionnisme sont des antinomiques

En ce qui concerne mes expos conjointes à Bruxelles et à Paris, il n’y a aucune différence dans le matériel exposé, il a été réparti entre les deux localisations. Il y a un peu plus à voir à Paris car c’est plus grand, c’est tout…


 

Pour continuer à suivre les activités de Ted Benoit :
http://metropolisjournal.blogspot.be/

Pour continuer à supporter les bétises de Ray Banana :
http://lespenseesimprobablesderaybanana.blogspot.be/


 
Pour tout savoir sur l'expo Ted Benoit :
http://www.galeriechampaka.com/#

 

Ted Benoit : CAMERA OBSCURA vers la ligne claire et retour est un ouvrage édité par Champaka et une double exposition aux galeries du même nom, à Paris (Beaubourg) et Bruxelles (Sablon)

(Pour les photos, un grand merci à Yves Declercq et Jean-Jacques Procureur)

le psychédélisme finlandais de Tommi Musturi

Chef de file de la bande dessinée et de l'édition indépendante finlandaise, Tommi Musturi, publié en français par la 5ème couche, exerce son art tant comme artiste qu’auteur de Bande Dessinée, illustrateur et graphiste. Il est aussi éditeur à ses heures et commissaire d’exposition. Autour de lui gravite absolument tout ce qui se fait de neuf en Finlande, en matière d'art plastique, d'édition, de bande dessinée.Une œuvre protéiforme dictée par une totale liberté stylistique. Il a publié une quinzaine de livres dans son pays, ainsi qu’au Portugal, en Allemagne, en Suède et en Amérique du Nord.

L’attitude des finnois vis-à-vis des BD est très différente qu’en Belgique, celles-ci paraissent essentiellement dans les journaux et sont essentiellement humoristiques. Les Finnois pensent que la bande dessinée est faite pour les enfants, ils sont plutôt troublés par mon travail.

Sa série-phare, M. Espoir est une série en cinq tomes écrite comme une histoire sur la vie et la mort. Il y aborde les questions de l'existence : l'individu, la solitude, la nature et la liberté. Il propose une esthétique proche de la tradition de la ligne claire. Dans Sur les pas de Samuel, récit muet, philosophique, psychédélique et métaphysique, Tommi Musturi décrit le périple d’un individu surgit d’on ne sait où, juste après la naissance de l’univers. Il traverse les saisons, les continents, les cataclysmes de toutes sortes, le plus souvent cosmiques.

Après Monsieur Espoir j’ai commencé a dessiner ce personnage sans mettre de commentaires mais en essayant de lui faire exprimer ses sentiments par ses attitudes corporelles. J’ai passé quelques temps en Afrique et j’ai combiné mon expérience vécue là-bas avec mes dessins. Je voulais que ce soit assez abstrait en créant une histoire abstraite, plutôt cunéiforme tout en laissant la fin de l’histoire ouverte. Samuel n’est intéressé que par lui-même et traverse toute l’histoire sans se rendre vraiment compte de se qui se passe autour de lui.

Ici, le style graphique est très épuré mais richement mis en couleur.

Je dessine à la main et je fais les couleurs avec des feutres, chez moi les couleurs sont porteuses de beaucoup d’émotions…

À côté de ces deux projets en ligne claire, Musturi se permet de réaliser des livres à l’antipode de cette esthétique comme Automia Kis Kis qui propose des images, tirées de ses carnets de croquis, dans un style totalement pictural et éclaté ou Italo Sport, un détournement pop avec une esthétique des publicités des années soixante, ou encore Concrete floor qui propose des dessins saturés. Il expérimente continuellement de nouveaux styles dans différents genres artistiques, et se réinvente sans cesse.

Dernier ouvrage en date, Beating propose des illustrations réalisées tout au long de sa carrière, dessins libres, psychédéliques et saturés de couleurs, une sorte de catalogue de papier peint sous acide ! L’illu de couverture nous offre une idée du nouveau style qu’expérimente l’auteur, une sorte de ligne claire ou style atome proche du cubisme.  Musturi occupe une place prépondérante dans l’esthétique de toute une génération de dessinateurs finnois mais aussi dans la BD en tant qu’explorateur du graphisme sous toutes ses formes.

Je lis de la BD depuis que je suis enfant, j’ai beaucoup lu les classiques belges et français, les américains aussi. Charles Burns, Didier Comès m’ont inspiré dés mes débuts. Je ne travaille pas vraiment avec un scénario établi, plutôt une sorte de plan que je respecte ou pas selon mon gré et que j’ai envie de développer plus intensément une partie de la trame…
Quand j’avais seize ans j’ai réalisé pas mal de dessins que je revendais aux tatoueurs comme modèle et quelques années plus tard, un jour que je regardais le catch sur une chaîne de sport j’ai eu la surprise de découvrir qu’un des catcheurs sur le ring portait un de mes dessins tatoué en grand sur son dos !  

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L’exposition Tommi Musturi sera accessible au public du 11 au 28 avril 2013 à la Galerie Petits Papiers Sablon.

 

 

MARC HARDY ET PIERRE TOMBAL, TRENTE ANS D'HAPPY TAF !

Voici trente ans que débarquait un fossoyeur dans les pages de Spirou, Pierre Tombal le bien nommé, un peu comme un mariage, pour le meilleur – l’accueil des lecteurs - et pour le pire - la bête noire de monsieur Dupuis qui n’osait pas virer cette série qui rencontrait un tel succès.

La notoriété de Pierre Tombal n’a cessé de grimper au fil des années et le public s’est habitué à le voir hanter les travées mal entretenues de son cimetière, car notre homme est moins enclin à l’entretien des parterres qu’à philosopher avec les défunts et même la mort en personne, le corps arcbouté sur le manche de sa pelle.

Une série où il nous est paradoxalement interdit de mourir de rire et qui après trente ans d’existence vaut bien qu’on l’expose en grandes pompes (funèbres) au CBBD…

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Photo JJ Procureur

Les dernières paroles de Marc Hardy :

Je connaissais Raoul Cauvin depuis une dizaine d'année. Il hantait la rédaction de Spirou mais nous n’avions aucun projet ensemble car il n'aimait pas trop mon dessin, qui lui paraissait à l’époque trop nerveux. Quand on s’est décidé à travailler ensemble, sans trop savoir sur quoi, il m’a demandé de lui fournir un paquet de croquis, du genre réalisés sur un coin de table. Il a pioché dedans et cela l’a inspiré pour créer Pierre Tombal, bien que j’ignore encore si c’est lui ou moi qui l’ai créé ! Quand nous avons annoncé ce projet à propos des aventures d’un fossoyeur à notre rédacteur en chef, il nous a dit de foncer et quand l’éditeur a vu le résultat il a dit de tout stopper ! A l’époque c‘était encore la famille Dupuis… Mais quand il a vu le courrier qui entrait en faveur de la série, il nous a fait continuer mais pendant trois ans nous n’avons pas eu droit à une sortie en album, chose qui est arrivée après le rachat des éditions !

Pierre tombal a évolué en trente ans, j'ai récemment rajouté le personnage de la vie et depuis son arrivée, les lecteurs s’attachent à la mort ! Ils me le demandent de plus en plus lors de séances de dédicaces !

Si cela continue comme cela nous en ferons un spin off !

Dans les premiers albums Pierre tombal avait une épouse, une femme très laide qui a fini par disparaître… Nous avons tenté de trouver une histoire expliquant cela mais rien de vraiment concret, alors Tombal la recherche de temps en temps, sans vraiment la trouver… Un de mes personnages préférés est ce squelette qui se trouve accroché dans la classe de science d’une école et qui est raide amoureux de l’institutrice, de ce béguin d’écolier que nous avons tous connu !

Avec Raoul Cauvin il y a un clivage scénariste/dessinateur, parfois je lui refile des idées qu'il prend ou qu’il délaisse mais aussi, quand je ne ressens pas certains scenarii, je ne les fait pas…

Quand j’étais gamin j’habitais en Afrique et je dévorais les aventures de Bob Morane. J’ai noirci un bon paquet de pages de dessins, lesquels sont tombés sous les yeux d'un membre du club Bob Morane qui a averti Henri Vernes. Le club voudrait en publier un livre mais comme ce ne sont pas des histoires entières, j'ai fait plein de petits textes explicatifs… Une chose qui m’a frappé dans ces dessins, à cette époque je faisais des très grandes mâchoires, alors qu’à présent je dessine des gros nez comme Pierre Tombal !

Je suis en train de dessiner un Spirou sur un scénario de Zidrou, un Spirou très noir, il n'y aura pas d'humour... Malheureusement en 4 ans je n'ai réussi qu'à faire 4 pages. J'ai brûlé toutes les autres car je trouvais que le Spirou que je dessinais ne lui ressemblait pas et je ne voulais pas continuer sur cette voie quand on n’a pas le feeling du personnage....

Je ne me suis jamais posé la question si je vais encore pouvoir continuer à produire des Pierre Tombal pendant trente ans… Ma vue a tendance à baisser, au début je faisais mes dessins sur du papier format A 4, à présent j’en suis au format A 3 ! Je ne sais pas si quelqu’un sera tenté de reprendre Pierre Tombal ou en aurait envie, mais en attendant tout va bien !

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http://www.cbbd.be/fr/expositions/la-gallery/pierre-tombal-des-os-et-des-bas
 

ESPANA LA VIDA L'INTERVIEW

1937. Picasso révèle au monde toute l’horreur de Guernica. À Paris, Léo fait partie d’un petit groupe de jeunes anarchistes troublés par l’actualité espagnole. Issu d’une famille bourgeoise, il décide d’aller se battre, encouragé par l’écrivain militant Victor Serge. Tel un fugitif en cavale, il gagne Saragosse et y rejoint la colonne Durruti, une brigade internationale où se retrouvent, engagés aux côtés des républicains espagnols, des combattants idéalistes de tous les horizons de la planète…

Malgré son nom, le dessinateur Eddy Vaccaro n’est pas espagnol mais bien français d’origine sicilienne. Venant de la musique rock il en est à son quatrième album. Quant à Maximilien Le Roy, scénariste engagé, globe trotter depuis ses 18 ans, il place l’improbable Sur les traces de Nietsche chez Lombard, coincé entre la famille Thorgal et le génie Léonard. C’est vous dire si il a du talent !

Ensemble ils ont créé ce one-shot épais dont la guerre d’Espagne n’est que la toile de fond, dépeignant les actions de ce jeune héros qui veut aller jusqu’au bout de ses idées et se rendra bien vite compte que la réalité est bien cruelle par rapport à sa droiture et ses valeurs. Une histoire romantique également puisque Léo rencontrera l’amour mais aussi la considération de son père qui a enfin ouvert les yeux et s’est détaché de sa matrone/bourgeoise coincée de mère. Le trait de Vaccaro est un crayonné brut superbement mis en valeur par Anne-Claire Jouvray, la coloriste qui, c’est une bonne surprise, figure avec les auteurs sur la couverture. Un récit fluide et scandé qui alter avec bonheur moment calme avec dialogues ciselés et pages d’action où la violence éclate et éclabousse par sa cruauté.

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La guerre d’Espagne est un sujet que je ne connaissais pas trop étant donné que je n’ai pas de racines espagnoles mais une culture méditerranéenne. J’y vois un intérêt politique mais j’aurais très bien pu situer l’histoire dans un autre pays.

L’arrière plan est politique mais, comme c’est une fiction, il fallait inventer des personnages avec des liens, je trouvais intéressant de tisser une histoire avec des individus, je voulais que les personnages aient une vie à eux, travailler leur psychologie. Il y a une histoire d’amour mais aussi une histoire entre le père et le fils.

Nous n’étions pas limité par un nombre déterminé de page, j’avais écris mon scénario comme un film sans penser à le formater en BD, le projet était prévu pour un récit et un nombre limité de pages aurait raboté le rythme du récit. C’est très fluide, il y a des pages de silence, des non-dits, des pauses, ce qui aurait été impossible à faire avec un format standard de 48 pages. L’intérêt de la fiction par rapport à une biographie c’est qu’on peut imposer son rythme, avec des moments de tensions et de relâchement…
 

Il y a beaucoup de crayon, une technique mixte avec l’encre… Je faisais comme des croquis que j’affinais avec des crayons de plus en plus sec et parfois du feutre. Je modèle mes personnages puis je reviens dessus avec du tippex, comme de la peinture blanche, comme un peintre qui rajoute de la lumière sur son dessin. L’histoire aurait très bien passé en noir et blanc, les gris, je ne les ai pas forcés pour qu’il n’assombrisse pas la mise en couleur.

Les scènes que je préfère dessiner sont des scènes intimes, calmes, les scènes militaires me parlent moins, je ne suis pas fan des fusils …

Nous nous sommes connus sur un forum de BD et quand j’ai écris cette histoire, j’ai pensé à lui. En fait le scénario avait déjà été accepté par un éditeur avant que je la lui propose !

Nous avons un autre projet ensemble mais qui en est encore aux prémisses, l’histoire d’une jeune peintre, un personnage féminin. Nous avons d’abord pensé à Frida Calo mais je voulais un personnage moins connu et j’ai découvert l’impressionniste Lucie Couturier. Elle s’est retrouvée embarquée dans la première guerre mondiale, en contact avec des tirailleurs sénégalais et elle va les suivre après la guerre. Elle va faire des récits, des livres de ses voyages…

BIG K, de la réalité à la BD

Imaginez le New York des années 70, ses rues dégueulasses, certains quartiers où il ne faut même pas rêver de mettre un pied une fois la nuit tombée, l’insécurité dans toute sa splendeur, les bandes de blacks, maffieux, les bagnoles sur leurs jantes qui crament, les flics corrompus… C’est l’ambiance que rendent à merveille Nicolas Duchêne et Ptoma Martial avec leur série Big K, du nom d’un tueur, lequel est inspiré d’un personnage réel, un tueur en série allié à la Maffia qui fit plus de 200 victimes : Richard Kuklinski…

Même si c’est aussi Casterman, nous sommes loin du Tueur de Matz et Jacamon, qui lui aborde tout le côté existentiel du personnage principal. Il réfléchit beaucoup, agit de moins en moins…

Big K, lui, agit, un peu trop même, puisqu’il a commis une grosse bourde dans le tome un et va être chargé de la réparer et cela uniquement parce que ses boss ont compris son potentiel destructeur sinon il aurait déjà fait un plongeon dans l’Hudson, avec des godasses en ciment…

Dans ce deuxième opus, Big K va être confronté à son contraire, un fort en gueule qui voudrait lui faire de l’ombre. Et Big K n’aime pas qu’on lui fasse de l’ombre. Ca l’énerve, alors il se laisse aller, même avec sa famille qui est sacrée. Sa femme dit un mot de travers et il lui colle une baffe. Tout cela fait ressurgir son passé difficile. Car c’est depuis sa petite enfance que tout à été mis en place pour qu’il devienne ce qu’il est devenu, un personnage froid et calculateur, qui n’a peur de rien et regarde la mort dans le fond des yeux. Son seul tabou : sa femme et ses enfants. Mais K n’est qu’un petit rouage dans la grosse machine à fric qu’est la mafia, alors il obéit quand on lui donne un ordre, même si c’est contre son goût. Le voilà qui doit balayer un grain de poussière qui grippe la belle machine malhonnête, le frère d’un comptable qui le perturbe et qui finit par pomper dans la caisse. Mais voilà que… N’allons pas trop loin, ménageons le suspens. Pour leur deuxième opus de la trilogie, Duchêne et Ptoma voguent du côté du Parrain II, le film de Coppola qui revient sur le passé des mafieux pour expliquer le comment du pourquoi et apporter une profondeur, un background au personnage. Certes pas pour excuser son comportement, puisqu’il s’agit ici bel et bien d’un assassin, d’un homme plus proche de l’animal que la plupart d’entre nous mais comme il n’est pas pareil à nous, c’est un objet de curiosité, il exerce sa fascination…

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SOUVENIRS DU STYLE ATOME AVEC ALEXANDRE CLERISSE

Achtung chef-d’œuvre ! 2013 à peine entamée que déjà la BD de l’année est parue. Son emballage est magnifique, son contenu volumineux, l’histoire - compliquée mais d’une grande lisibilité - est palpitante et les images sont splendides ! Souvenirs de l’Empire de l‘Atome nous renvoit à cette époque où l’homme moderne croyait encore en son futur. Il venait de terminer une guerre et avait envie de vivre d’espoir. L’Expo 58 de Bruxelles allait être la vitrine de demain. Les étoiles étaient à portée de main, à portée de conquête… Le titre fait aussi référence à l’âge d’or de la science-fiction, des Asimov, Clarke, Heinlein, Van Vogt qui régnaient sur un genre relayé par des pulps aux couvertures criardes et avenantes, au style approchant souvent l’art déco. Tout ceux qui sont convaincus que des Jijé, Franquin et Will ont fait évoluer le genre BD et l’ont porté à son apogée, seront convaincus par cet imposant ouvrage, aux références tellement multiples et surprenantes qu’on dirait un jeu de piste ! Thierry Smolderen parvient à accrocher malgré une histoire alambiquée qui nous entraîne dans des futurs lointains pour rebondir à coups de flash back, mais le scénariste est assez virtuose pour en maintenir le suspens et la cohésion. Quant au graphisme d’Alexandre Clérisse, il rend hommage au triumvirat cité plus haut mâtiné du célèbre affichiste Savignac, créant une reconstitution parfaite du graphisme des fifties, du design typique style atome qui n’en finit pas de renaître pour notre plus grand plaisir visuel.

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DELVAUX, DUBOIS, GIPAR ET LA FEMME DU NOTAIRE

altLes aventures de Jacques Gipar dans la collection Calandre de l’éditeur Paquet sont une affaire qui roule : 35.000 exemplaires vendus pour les quatre volumes. Même que Gipar est édité en Allemagne, sous le nom de Gibrat…

Les aventures du journaliste dans les années 50 existent grâce à deux auteurs : Thierry Dubois et Jean-Luc Delvaux, deux passionnés d’automobiles des années 50 et des années Spirou squattées par Tillieux, Will, Franquin et Jidéhem.

HAUTIERE-HARDOC ET LA GUERRE DES LULUS


altQuand Régis Hautière et Hardoc parlent de leur Guerre des Lulus, on sent qu’ils se sont vraiment impliqués à cent pour cent dans ce projet. C’est la première fois qu’il y a une œuvre sur la Grande Guerre sans qu’on soit obligé d’affronter visuellement les tranchées, les gaz moutarde, la boue, ses soldats englués dans un conflit qui dure. Voici 14-18 vu par les yeux d’enfants qui, si ils ne participent pas au conflit, en ressentent les effets et en seront marqués à jamais. Une BD pour tous les âges, aussi une BD pour ne pas oublier. La guerre c’est atroce et elle était juste à nos portes…

 

INTERVIEW DE VIRGINIE AUGUSTIN ET YANN

Le scénariste Yann Lepennetier et Virginie Augustin dissertent à propos de Whaligoë, leur dernier ouvrage. J'éviterai d'en dire trop puisqu'une chronique est prévue :


altWhaligoë est une histoire qui traînait dans mes tiroirs depuis une vingtaine d’années et dont aucun éditeur ne voulait. Quand Reinold Leclerc est arrivé comme éditeur chez Casterman, il m’a demandé ce que j’avais en réserve, je lui ai proposé celle-là et il a sauté sur l’occasion. Il a également accepté que je travaille dessus avec Virginie Augustin avec qui j’avais envie de collaborer depuis longtemps. Whaligoë est né de ma passion pour les romans gothiques, l'Ecosse, les Dandys. J’ai dédié cet ouvrage à tous les dandys célèbres comme Oscar Wilde ou Serge Gainsbourg et je l’ai signé Balac, comme j’ai signé le premier tome de Sambre qui se passait à peu près à la même période. La thématique de l’histoire est celle de l’usure d’un vieux couple, Sir Douglas Dogson et sa muse Esperanza, la disparition du talent. C’est prévu en deux volumes, dans le premier j'emmène la présentation, dans le deuxième le dénouement.

FRANK PE - PLUTOT DEUX FOIS QU'UNE !

Depuis le troisième tome de Zoo, on se languissait de revoir Frank Pé dans le registre de la BD. Ces dernières années, il avait enchaîné pas mal d’expositions et projets de scénographies et il n’était pas devenu rare de le voir à l’œuvre sur de grandes fresques animales, lors de festivals. Bonne nouvelle, Frank Pé revient enfin à la BD et plutôt deux fois qu’une : Spirou et Little Nemo…

Concernant Little Nemo, je travaille avec Bernard Mahé de la galerie du neuvième art à Paris. Il m’a révélé que Little Nemo était libre de droit et m’a demandé si cela m’intéressait de travailler dessus. C’est un projet fait d’expositions et de petits bouquins. Pour l’instant j’ai terminé la première expo, une douzaine de planches et d’illustrations.

Le Spirou est un travail que je prépare depuis de longues années, avant même que le personnage ne soit livré à divers auteurs. Mais l’époque, quand Tome et Janry ont repris le personnage, ils ont exigé son « verrouillage » par le contrat. Chaland en a fait les frais. Quand la collaboration s’est arrêtée, Dupuis, détenteur du personnage a ouvert les vannes pour faire une collection. J’ai grande envie de revisiter le panthéon de Franquin, je voulais un jour ou l’autre retourner dans cette cours de récré. Ce sera un Spirou plus poétique, car je suis plus attiré par le nid du Marsupilami que par leurs aventures débridées avec voitures et espaces urbains. Il y aura beaucoup d’animaux, cela se passera en ville et ce ne sera pas nostalgique, je ferai de Spirou un héros positif. C’est assez difficile car c’est un personnage grand public. Ma priorité sera la qualité, la justesse, il paraîtra quand il sera prêt, pas pour les 75 ans. J’ai écrit l’histoire et Zidrou en a fait une histoire professionnelle. Il est très bon quand il faut mélanger que ce soit de l’humour, de la profondeur, des émotions, de la poésie tout en créant des histoires classiques, bien foutues.

J’ai envie de refaire de la BD, cela me manquait. C’est douloureux d’enfermer mes dessins dans des cases, de cloîtrer tout cette énergie, mais faire de la narration de case immobile en case immobile. La magie de l’espace entre les cases, c’est une chose qu’on ne théorise pas mais à expérimenter, on voit si cela marche et on essaie de trouver les meilleurs solutions pour raconter ce qu’on a à raconter, c’est très jouissif, quelque chose que tous les dessinateurs de BD quels qu’ils soient ressentent et qui les pousse à faire ce métier tellement pénible, car il y a tellement de dessins à aligner les uns derrière les autres, dans un contexte éditorial très difficile.

Du côté professionnel, du côté des dessinateurs, on voit comment se comportent les éditeurs et ceci à plus long terme que le lectorat qui lui voit de plus en plus de titres. C’est une illusion de dire que tout va bien dans la BD. Les choses vont mal. Les éditeurs sont devenus des commerciaux, pour voir les titres qui marchent, ils en lancent une centaine sur le marché et gardent ceux qui vendent. Ils ne soutiennent plus les auteurs, il n’y a plus d’échange. Ils s’entendent entre eux pour descendre les prix à un stade qui est intenable pour les dessinateurs qui deviennent incapables de continuer, sans doute parce qu’ils tiennent plus compte des actionnaires à payer, des belles voitures. Leur politique de relation avec les auteurs est devenue une catastrophe, les auteurs se sentent méprisés. C’est grave…

Les éditeurs sont en train de se griller auprès des auteurs. Les gros éditeurs sont trop rigides pour s’adapter aux nouveaux médias, ils pensent que cela va continuer comme avant. Ils se permettent en plus dans un monde ultra libéralisé de se comporter avec les auteurs comme avec n’importe quel fournisseur de biens matériels. Or il doit y avoir partenariat mais ils nous prennent de très très haut.

La négociation avec Dupuis a été très très difficile pour le Spirou. Je vais le faire, pas pour l’éditeur mais pour le plaisir et pour mon public. J’ai 35 ans de métier et c’est un Spirou - il y a pire ! - je ne risque pas trop de me casser la figure mais j’aimerais que cela se passe autrement.

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ECRITURES DIX ANS entretien avec Sergio Salma et Nadia Gibert.

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Ecritures de Casterman fête ses dix ans d’existence et en profite pour s’exposer au Centre Belge de la Bande Dessinée. L’occasion rêvée de faire le point et d’évoquer cette collection qui se veut être un chaînon manquant entre la littérature et la bande dessinée. La digne héritière d’A Suivre qui a mené la bande dessinée belge vers l’âge adulte…